Jacques de Maillard, Valérie Icard
Institut des Hautes Études du Ministère de l’Intérieur
Overview: Depuis le 19e siècle, les États occidentaux ont progressivement monopolisé les ressources en matière de gestion de la sécurité intérieure. La surveillance, l’arrestation, l’investigation, la sanction, l’emprisonnement deviennent des compétences détenues par les autorités publiques. Des polices publiques, formées et recrutées selon des règles spécifiques, ont émergé. La consolidation du droit pénal a de son côté incarné une normativité étatique. Au cours du 20e siècle, en lien avec la formation des États sociaux, les gouvernements ont élaboré des dispositifs de prise en charge des personnes commettant des infractions, ne limitant pas leurs interventions au seul registre de la sanction. Au croisement entre étatisation, c’est-à-dire la prise en charge publique de la gestion de la sécurité intérieure, professionnalisation, c’est-à dire la montée en puissance de savoirs experts dans la gestion des politiques de sécurité, et, ce que l’on peut appeler – faute de mieux –, préoccupation sociale, c’est-à-dire la mise en place de politiques conduites au nom de la réhabilitation et de la correction des inégalités socio-économiques, se sont formés des penal welfare states (Garland, 2001) ou « États sociaux de sécurité » (Robert, 2002), assurant un monopole dans la sécurité des personnes et des biens, tout en insérant cette mission dans un ensemble plus vaste de protections sociales (voir Maillard, 2010).
Cette configuration historique s’est trouvée confrontée à des turbulences depuis le début des années 1970. L’augmentation du nombre de faits de délinquance enregistrés, l’apparition d’un sentiment d’insécurité au sein de la population, les tensions entre polices et minorités ethniques, la politisation de cet enjeu dans les campagnes électorales ont contribué à redéfinir le rôle des États nations dans la gestion de la sécurité intérieure. La sécurité devient une question politique – alors qu’elle était périphérique dans les années 1950 et 1960, objet de mobilisations partisanes, de commissions expertes diverses et de réformes institutionnelles d’ampleur.
